Jérémie Iordanoff

Notes de blog

  • Redéfinir le statut juridique des réseaux sociaux pour sortir le débat public de leur emprise

    À l’heure où les Français s’informent principalement sur les réseaux sociaux, le débat public est, de fait, piloté par des algorithmes au service d’intérêts privés et de puissances étrangères. Or, la sincérité de ce débat public est une des conditions de notre souveraineté démocratique. Nous devons regarder les choses en face et changer d’approche pour encadrer les plateformes.

    Alors que les élections municipales de 2026, suivies de la présidentielle et des législatives de 2027 approchent, le moment est à l’action. La menace est réelle : les tentatives de manipulation de nos opinions publiques sont documentées, la perturbation des scrutins électoraux est avérée. Certains États, comme les États-Unis sous Trump ou la Russie de Poutine, ont un agenda assumé : affaiblir l’Union européenne.

    Les réseaux sociaux bénéficient aujourd’hui du statut juridique d’hébergeur de contenu, hérité des années 2000. Il ne sont pas responsables des publications et n’ont aucun compte à rendre sur la manière dont les contenus sont mis en avant ou au contraire défavorisés. Ils sont bien sûr tenus de retirer des contenus illicites, mais cela ne saurait suffire. Aujourd’hui, ces plateformes ne se contentent plus d’héberger.Elles trient, recommandent, monétisent nos échanges, nos opinions, nos émotions. Leurs algorithmes dictent ce que nous voyons. Ils façonnent le débat public, sans règles et loin de toute transparence démocratique. Résultat ? Une démocratie sous influence, où l’émotion l’emporte sur la raison, où la désinformation circule plus vite que la vérité, où les ingérences étrangères exploitent nos failles juridiques et nos biais cognitifs.

    X (ex-Twitter) illustre parfaitement ce phénomène. Depuis son rachat par Elon Musk, la plateforme a adopté une ligne éditoriale implicite mais bien réelle : priorité à l’engagement, peu importe le coût. Les contenus tronqués et les théories conspirationnistes trouvent sur X un terreau fertile, amplifiées par des algorithmes conçus pour maximiser le temps passé sur l’application. En 2024, des enquêtes ont documenté l’utilisation de X par des acteurs étrangers pour diffuser de la désinformation ciblée, exploitant les failles de modération et l’opacité des règles de la plateforme. Son propriétaire est même intervenu directement dans le débat public en se servant de son propre outil de communication, lequel a manifestement poussé ses publications, pour soutenir des mouvements politiques réactionnaires ou attaquer des personnalités progressistes. La feuille de route de M. Musk s’étale au grand jour et les moyens de la plateforme sont colossaux. Pourtant, X, comme les autres réseaux, continue, en toute impunité, de bénéficier du statut d’hébergeur.

    Il est temps de reconnaître les réseaux sociaux pour ce qu’ils sont : des acteurs centraux du débat public, et non de simples intermédiaires techniques. Il est devenu nécessaire de définir un nouveau statut juridique des réseaux sociaux, qui intègre le fait que les algorithmes sont aussi des lignes éditoriales. Le Digital Services Act (DSA) a tenté d’encadrer ces dérives, mais il tarde à être appliqué — l’Union européenne ayant peur de mesures de rétorsion de la part des Etats Unis — et reste très insuffisant pour garantir la sincérité du débat public. Il ne remet pas en cause le principe d’irresponsabilité des plateformes numériques et n’impose ni la transparence ni l’encadrement des algorithmes.

    Faisons de ces plateformes numériques des espaces de débat sincères, où l’expression des citoyens n’est pas noyée parmi des armées robots, où les pluies de clics ne dictent pas les opinions majoritaires, où la démocratie ne soit pas otage d’algorithmes biaisés. L’enjeu n’est pas de censurer, mais de réguler pour garantir la liberté. De faire en sorte que les réseaux sociaux soient des outils d’information, de partage des savoirs et de débat, non pas des machines à diviser les citoyens et à manipuler les opinions publiques au service d’intérêts privés et de puissances étrangères. 

    En France, la loi du 29 juillet 1881 est venue définir les libertés et les responsabilités de la presse, plus de quatre siècles après la naissance de l’imprimerie. N’attendons pas quatre cent ans pour encadrer les libertés et responsabilités des réseaux sociaux. L’information et le débat ne peuvent se résumer à des produits commerciaux. La démocratie n’est pas à vendre, notre responsabilité est de la garantir avant qu’il ne soit trop tard.

  • Le parlementarisme dégradé et l’adoption du projet de loi de finances 2026

    J’aurais préféré un premier ministre de gauche et un gouvernement de coalition sur le périmètre du front républicain qui s’est exprimé dans les urnes au second tour des élections législatives de 2024. Périmètre que j’ai appelé de mes vœux au soir du 7 juillet et qui n’a jamais vu le jour. Le président de la République, à qui incombait la charge d’impulser cette solution, a préféré manœuvrer pour poursuivre sa politique en allant chercher Les Républicains. Le Nouveau Front Populaire, s’il s’est montré tardivement ouvert à la recherche de compromis à l’Assemblée nationale, n’a jamais assumé d’ouvrir la coalition gouvernementale à des groupes parlementaires du centre. Alors nous avons depuis 2024 une succession de gouvernements qui n’ont ni programme ni majorité et qui ne correspondent pas au résultat des urnes.

    Je ne suis pas de ceux qui demandent à rejouer les élections jusqu’à ce qu’il y ait une majorité absolue pour un bloc ou pour un autre. Dans un régime parlementaire et en l’absence du fait majoritaire, il faut composer, c’est aussi simple que cela. Pourtant, parce que nous en avons perdu l’habitude (au niveau national) et parce que l’élection présidentielle continue de sur-déterminer le résultat des législatives qui la suivent, le compromis vient rarement en première intention.

    Après la chute des gouvernements Barnier, Bayrou et Lecornu I et après l’échec de la censure du gouvernement Lecornu II, considérant la gravité de la situation nationale et internationale, j’ai appuyé la recherche d’une solution d’attente et d’un compromis sur le budget. Un blocage du texte en fin de parcours et par voie de conséquence une dissolution tardive, n’aurait pas nécessairement permis de clarifier la situation politique à l’approche des municipales de 2026 et de la présidentielle de 2027.

    Sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) le groupe Écologiste et Social est allé discuter et nous avons gagné des arbitrages, tardivement certes, quand les LR ont fait savoir qu’ils s’abstiendraient. Nous avons en conséquence permis son adoption.

    Sur le projet de loi de finances (PLF) nous avons fait des propositions à l’automne pour une fiscalité plus juste, en vain. À la reprise en janvier j’ai regretté que mon groupe que n’aille plus discuter, même si je dois reconnaître que la perspective d’un vote sur la copie finale n’était plus réellement sur la table, et ce principalement du fait d’un raidissement des positions des députés Horizons et Les Républicains. Il faut comprendre que les modes de scrutin sont déterminants : une abstention des socialistes et des écologistes était nécessaire pour l’adoption du PLF par voie normale mais une non-censure des seuls socialistes est suffisante pour une adoption par 49.3 (il faut 289 voix pour faire chuter un gouvernement). Et à partir du moment où il était entendu que le Premier ministre chercherait un accord de non-censure et non plus un vote à la majorité des exprimés, les écologistes perdaient leur rôle clé dans l’équation.

    En somme, je considère que l’accord de non-censure entre le socle commun et le groupe socialiste est une solution de compromis très dégradée par rapport à ce qu’aurait pu être un budget négocié dans une Assemblée nationale qui assume pleinement le parlementarisme, mais que faute de mieux, il a le mérite d’exister. Je constate néanmoins que — en partie pour des raisons arithmétiques — les écologistes ne sont pas partie-prenante de cet accord de non-censure. Aussi, il ne nous revient pas de le valider.

  • Les apprentis sorciers

    Les répercutions de l’intervention des États Unis au Venezuela sont incalculables.

    Il n’est nullement question de défendre la dictature de Nicolas Maduro, mais les changements de régime et les transitions vers la démocratie ne s’improvisent pas, elles ne s’imposent pas de l’extérieur. D’autant que personne n’est dupe, ce n’est pas la question démocratique qui a motivé Donald Trump.

    En jouant aux apprentis sorciers, les États Unis prennent le risque de déstabiliser toute une région. Pire, le mépris impérial du droit international par la première puissance militaire fait basculer le monde vers l’inconnu. C’est tout l’ordre post 1945 qui menace de s’effondrer.

    Aujourd’hui, tout doit être fait pour que la souveraineté du peuple vénézuélien soit garantie. Tout doit être fait pour contrer le basculement en cours vers un monde où la force prévaut sur le droit, où les empires n’ont de limites que les empires.

    Le rôle de la France, comme celui de l’Europe, est de dire avec force et clarté la primauté du droit international.